Compte rendu de la maraude du 4 avril 2026

Shara, organisatrice de la maraude :

Comme toujours, nous tenons à vous remercier d’avoir pris le temps de déposer vos dons au Mille Club ce week-end : samedi, nous avons pu proposer des biscuits, des fruits et des boîtes de thon en libre-service, en plus du repas chaud et des sacs de provisions.

Trois véhicules lourdement chargés se sont rendus à Vintimille samedi après-midi, où nous avons été accueillis par Gérard Roman, de l’association Cent pour Un – 06, ainsi que par Rosario et Danielle. À notre arrivée, un petit groupe de personnes s’était déjà rassemblé, attendant son repas du soir.

Au début, l’ambiance était un peu agitée, mais les choses se sont rapidement calmées et nous avons pu nourrir une cinquantaine de personnes. Mon fils Oli et moi avions préparé 7 kg de riz, 5 kg de pilons de poulet aux épices, ainsi qu’une sauce shakshuka à base de poivrons, de pois chiches, d’oignons, de tomates, de pommes de terre, de harissa et de cumin pour 70 personnes.

Tout a été distribué, ainsi que les sacs de nourriture préparés le matin à Fayence.

À la fin de la distribution de nourriture, nous avons remis des couvertures, des sacs de couchage, des tentes, du shampoing et du gel douche à l’équipe NNK. Ils les distribueront au cours des prochaines semaines. Ils nous ont dit avoir vu récemment arriver de nouveaux réfugiés soudanais et somaliens qui n’ont absolument rien sur eux et qui ont donc désespérément besoin de literie et de tentes.

Les jeunes bénévoles de No Name Kitchen sont toujours accueillis avec le sourire par les réfugiés : ils se montrent respectueux et bienveillants et font de leur mieux pour traiter les personnes présentes à Vintimille avec humanité. Les conditions sont déplorables ; le racisme et la violence sont une réalité quotidienne et il n’y a absolument aucun soutien pour eux.

Il n’est pas toujours facile de garder son calme face à une personne agitée, mais elles finissent généralement par se calmer. Un réfugié, qui vit à Vintimille depuis quelques années maintenant, semble souffrir d’une forme d’autisme ; il est difficile de le comprendre lorsqu’il parle et il n’aime pas qu’on le touche ; mais si l’on prend le temps d’essayer de comprendre ce qu’il souhaite, il se calme immédiatement. Samedi soir, le problème était qu’il ne voulait pas de sauce shakshuka sur son riz, il voulait une barquette de riz et une autre de sauce. Une fois cela établi, il s’est installé sur les coussins que nous avions disposés au milieu et a englouti plusieurs barquettes de riz et plusieurs barquettes de sauce shakshuka !

Mais au quotidien, il fait partie de ces nombreux individus qui luttent pour survivre dans les rues de Vintimille, sans véritable espoir d’aller de l’avant ni de reculer. Le moins que nous puissions faire, c’est leur offrir un peu d’humanité.

Je vais maintenant laisser la parole aux autres.

Danielle :

Une nouvelle maraude de ce samedi 4 avril 2026, qui nous permet de retrouver certains migrants installés à Vintimille et d’autres nouveaux arrivants, désorientés mais heureux de trouver un repas chaud dans ce nouveau pays.

Nous arrivons sur ce parking sans chaleur, mais eux sont déjà là, attendant avec impatience que nous nous installions afin de commencer la distribution du repas préparé par notre ami Shara et son fils Oliver.

Nous sentons un peu de nervosité de la part de certains, mais nous sommes habitués et commençons au plus vite notre distribution: repas chaud, boissons chaudes, produits sanitaires.

Certains mangent sur place, d’autres emmènent leur repas avec eux, pour aller où … ?

Gérard W. :

Des fois on a envie …. d’expliquer aux gens que les migrants qui arrivent à nos frontières n’ont pas forcément le choix de quitter leurs familles et leurs racines. Lors de la dernière maraude nous avons constaté l’arrivée de soudanais. Oui, ils ont fuit la violence, la famine, la guerre qui a provoqué le déplacement de millions de personnes.

Beaucoup de jeunes fuient seuls pour survivre. Ils sont bloqués à Vintimille en attendant de pouvoir passer en France.

  • Conditions difficiles: vie dans la rue, campements précaires, peu d’accès aux soins ou à l’accompagnement.
  • Forte vulnérabilité: exploitation, violence, détresse psychologique. L’alcool peut devenir un moyen de “tenir” face à la souffrance.

Soyons compréhensifs car le chemin qu’ils ont emprunté est plein d’embûches.

Christiane :

Arrivés en dernier en camion avec Gérard et Clarisse, nous assistons à des échauffourées avec 2 hommes en état d’ébriété dans une file déjà bien en place et insensible apparement à ce mouvement, sous l’oeil d’une demie douzaine de Carabinieri, assez proches pour une fois et bien armés.

Mais tout se passe bien, comme dans la plupart des cas, avec une organisation menée sans accroc par toute l’équipe. Le plat savoureux qu’ont préparé Shara et son Oliver a été très apprécié et pas de rab ce soir!

Un jeune, très jeune Somalien reste avec nous et nous raconte son parcours chaotique; sans doute est-il content de partager sa vie et d’avoir en retour compréhension, bienveillance et sourires : bon courage à lui !

Nous rentrons bien au chaud vers notre “chez nous” non sans avoir fait une halte auprès des gendarmes, pendant que nos amis de tous horizons s’éparpillent rapidement et vont se réfugier ….où ?…..où ils peuvent et où ils ne seront pas trop importunés, jusqu’au lendemain où la misère, la tristesse, parfois le désespoir et l’attente reprendrons le dessus.

“Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard” (M.L.F.)

Françoise :

“Sorry, I am not a doctor…” Une phrase répetée au moins dix fois ce samedi soir, en essayant d’apporter un peu de soulagement lors de cette nouvelle maraude. Maux de tête, douleurs dentaires, ventre noué…Visages et mains abimés, séches, marqués ….

Et cette main, encore gonflée après une bagarre,,,,

Autant de souffrances visibles et invisibles, qui auraient toutes mérité le regard et les soins d’une infirmière ou d’un médecin. Claude, tu nous as manqué ce samedi soir, ainsi que nos infirmières et kinés !

Alors on fait comme on peut, avec peu, mais avec attention. On les informe qu’ils trouveront des soins appropriés à la Caritas ou chez Médecins du Monde en semaine. En attendant la boite de pharmacie, une fois de plus, a été précieuse.

Merci à ceux qui, en amont, la financent, la préparent et la gèrent avec autant de soin. Parce que sur place, les soirs de maraude, tout à vraiment son importance. Nous en sommes tous témoins.

Oliver :

Ils étaient une petite cinquantaine et malgré un début un peu tendu la distribution s’est globalement déroulée dans le calme. Avec Wassim, nous leur avons servi thé et café avec plusieurs migrants qui sont revenus se servir deux, trois voire quatre fois, certains dans le silence, d’autres en nous adressant des sourire et des merci en italien, français ou en anglais.

Tout ceci malgré la galère évidente dans laquelle ils se trouvent. Certains arrivent tout de même à rigoler, on partage des petites blagues entre nous ou simplement des sourires. Seuls quelques-uns restent pour échanger deux trois mots alors que les autres partent en petits groupes.

Un jeune homme me dit avec un gros sourire qu’il partira en Allemagne, alors qu’un autre en revient, me disant que la situation n’est pas bonne là-bas, surtout à cause du climat politique. C’est difficile d’imaginer que la situation ici à la frontière pourrait être meilleure.

Bernard :

Ce samedi, je suis au poste de rechargement des téléphones, en compagnie de Gérard R. qui est venu nous rejoindre de Nice à Vintimille. Roman est un militant de l’association Cent pour Un – 06, que nous aidons ponctuellement, et il est lui même maraudeur à Nice. Il a souhaité venir avec nous pour découvrir sur le terrain notre action.

Dans la soirée, nous avons rechargé sept ou huit téléphones, et donné quelques câbles et deux anciens chargeurs, dont un à un migrant ayant perdu son bras lors de sa traversée de la Lybie.

Chaque petit don provoque leur joie, simple, spontanée et émouvante.

Cela fait plusieurs semaines que j’ai remarqué Karim, car il se tient toujours un peu en retrait lorsqu’il vient faire recharger son téléphone. Solitaire, grand et mince, il me semblait jusqu’alors très timide, voir presque mutique. Je sais maintenant que cette réserve n’est que l’expression de sa très grande dignité.

Ce soir, nous parvenons à engager la conversation, qui va durer longtemps. Il m’explique que cela fera bientôt trois ans qu’il est arrivé en Europe, et qu’après deux ans passés en France, il est venu en Italie en espérant pouvoir y obtenir plus facilement « les papiers ». Il séjourne depuis 5 mois à Vintimille et cela fait déjà 3 mois qu’il a déposé sa demande auprès des autorités. Et depuis, il attend… Il attend un SMS qui doit arriver sur son téléphone pour lui signaler qu’il doit s’y présenter pour savoir ce qu’il advient de sa demande.

Il me raconte sa vie à Vintimille, dans l’attente là aussi chaque jour de l’appel d’un éventuel employeur qui lui proposera quelques heures de travail. Il faut développer son réseau, m’explique-t-il, comme partout ailleurs, pour trouver du travail. Il remercie la Caritas, qui lui permet d’avoir un repas chaque midi, et surtout de pouvoir accéder de temps en temps aux douches, ainsi que toutes les autres associations qui distribuent sur le parking le repas du soir.

Lorsque je lui demande s’il s’attendait à ce que son séjour soit si difficile, il me répond par la négative. Il pensait que cela serait simple, qu’il lui suffirait de trouver un travail pour commencer ici une nouvelle vie.

Nous parlons de la situation internationale, de la guerre en cours au Moyen-Orient, et du nouveau règlement Européen sur les procédures d’asile qui vient d’être adopté. Il suit manifestement l’actualité et se tient informé. Il me fait part de sa crainte concernant ce nouveau règlement, susceptible de le conduire dans un camp de rétention, en Albanie ou ailleurs. Il considère que cela est vraiment injuste d’enfermer les gens, surtout lorsqu’ils n’ont, comme lui, commis aucun délit. 

Si sa demande de régularisation n’aboutit pas, il commence à se dire qu’il finira par retourner en Tunisie, son pays d’origine, car il ne veut pas finir prisonnier.

Alors que je lui fait remarquer qu’il parle vraiment bien notre langue, il me regarde d’un air amusé, et me répond que c’est normal … car sa maman est professeure de français !

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La prochaine collecte et maraude de Pays de Fayence Solidaire aura lieu le samedi 2 mai 2026 organisée par Bernard Louis.

Si vous voulez participer à cette collecte, être en cuisine ou à la maraude à Vintimille, merci de le contacter avant le 20 avril 2026 par courriel à l’adresse : b.louis.2@orange.fr ou lui envoyer un message au : 06 .71 .93. 55 .33

Pour une question d’assurance, nous demandons à toute personne souhaitant participer à la distribution à Vintimille d’être à jour de sa cotisation (10€ ou 30€).

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Voici le compte rendu de Shara publié sur le site de la cagnotte de GoFundMe

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Yesterday, it was our turn to prepare and take a hot meal down to Ventimiglia. The days are longer and the weather is lovely, but a small group of hungry people were already waiting in line when we arrived in Ventimiglia.

We quickly set the tables up and unloaded the cars and van and got ready to start serving the food. A few people helped set things up – they know the format now; the others waited patiently in line for the start of the food distribution.

Within an hour we had fed between 50 and 60 people, several coming round for seconds when there was a lull in the crowd. Tshirts and towels were gratefully received, as were all the toiletries that we had for them.

Somalians and Sudanese, Afghans and Pakistanis, North Africans and Gambians – some we know quite well; some seem to be new arrivals.

Moving on may not be easy for them. There have been increased checks at the border with France and the police on both sides claim to have made many arrests. Who knows if it is in response to the war in the Middle East?

The police presence during the food distribution was also quite impressive; although Oli said that they mostly seemed to be discussing football.

As always we thank you for your support which is greatly appreciated by us and them.

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