Françoise, organisatrice de la maraude :
Après une bonne salade de riz préparée par une équipe chez Eric, des sacs de nourriture assemblés à Tassy autour de deux tables, ce samedi soir, nous étions onze à partir à la rencontre de plus d’une soixantaine de réfugiés, venus notamment du Soudan, d’Afghanistan, du Pakistan, du Maroc et d’autres pays lointains. Tous réunis sur ce petit coin de terre, qui chaque soir se transforme en coin d’accueil, qu’est ce parking à Vintimille depuis tant d’années.
Très vite, happée par le stand de soins…
Une femme âgée souffrant de rhumatismes à la main, soulagée avec un massage et un peu de crème — bien modestement. Des mains abîmées, marquées par de nombreuses blessures. Un doigt sérieusement cassé : la personne était pourtant passée par l’hôpital de San Remo, sans y recevoir les soins nécessaires. Des maux de dents, une douleur à l’oreille…
Et puis ce jeune Afghan, dont les jambes étaient couvertes d’abcès inquiétants. Sérum physiologique, désinfectant, sparadraps… Bien incapables d’en faire davantage, car nous étions sans Claude, sans infirmière, sans kiné… Chacun est toutefois reparti avec un petit stock de produits afin de tenir jusqu’à lundi, jour de réouverture de Caritas, où ils pourront, nous l’espérons, consulter un médecin.
L’un d’entre eux m’a particulièrement touchée. Je ne trouvais pas tout de suite les gants dans la caisse de soins. Il m’a demandé de ne pas le toucher sans les avoir mis. Ce n’était pas pour se protéger lui, mais pour me protéger, moi, car, disait-il, il vivait dans la rue…
Voici la parole des compagnons de route qui ont partagé cette maraude du 25 juillet 2026.
Rosario au stand boisson :
Le déroulement de la distribution a été fluide, mais on voyait que les migrants étaient surtout impatients de pouvoir se servir un café ou un thé, pour compenser le manque de sommeil, comme me l’a confié l’un d’entre eux.
La pastèque a eu un réel succès. Les 21 kg, répartis dans deux glacières, sont partis comme une lettre à la poste. Pas besoin d’assiettes : une tranche de pastèque se mange à la main, et ce, dans tous les pays.
J’ai pu discuter avec un Afghan, en français, car il a travaillé cinq ans à Paris, au noir évidemment. Faute de renouvellement de ses papiers, il a dû quitter la France pour venir en Italie. Il est en attente de recevoir des papiers qui lui permettront de travailler.
Il m’a confié être papa de quatre enfants, restés en Afghanistan avec sa femme. Cela fait maintenant six ans qu’il ne les a pas vus.
Police et carabiniers présents, un fonctionnaire du commissariat m’a demandé de lui faire une liste de participants avec nom, prénom et date de naissance.
Il est venu quelque temps après pour me demander le nom de l’association, je lui ai permis de faire une photo du t-shirt, cela m’a évité de lui épeler toutes les lettres.
On a terminé, après rangement du matériel sur une note sucrée, avec un délicieux cake au citron, préparé par Arianne et un gobelet de cidre bien frais, retour sans encombre.
Ariane, débutante au stand du téléphone :
Pour une première fois, j’étais au stand des téléphones avec JF afin d’être formée pour pouvoir, à l’avenir, tenir ce poste lors d’une maraude.
À peine l’installation terminée, une dizaine de personnes se sont rassemblées autour du coffre de la voiture pour brancher leur téléphone et grappiller quelques précieux pourcents de batterie pendant le repas.
Puis le calme est revenu. Ce temps nous permet d’observer ce qui se passe autour de nous. Nous avons eu l’impression que, dès qu’ils étaient dans la file d’attente, certains appelaient leurs amis pour leur dire que la distribution avait commencé. Ils se passent le mot lorsque Pays de Fayence Solidaire est présent. Ils nous disent souvent combien ils aimeraient que nous puissions venir plus souvent.
Nous leur expliquons que nous venons de loin, mais chaque maraude est pour eux un moment important. Au-delà d’un repas préparé avec soin, nous leur apportons des produits d’hygiène, des vêtements qui leur permettent de préserver un peu de leur dignité, ainsi qu’un bon thé ou un café autour duquel ils peuvent partager un instant de chaleur et d’échange.
Un immense merci à tous. C’est grâce à chacun de vous que ces moments de solidarité et de réconfort sont possibles.
Gilles, bienvenu à notre nouveau maraudeur :
Rencontres rapides,
Quelques mots, parfois des échanges pas toujours compris,
un besoin de dire, de pouvoir dire, avec une écoute
Ces instants sur ce parking inconnu,
lien étrange entre deux étrangers
se sont inscrits dans mes tripes avec cette résonance :
Que vont-ils devenir ?
Vont-ils pouvoir trouver leur existence … et sauver leurs rêves qui les ont conduits ici…
Christiane, en première ligne aux vêtements :
Nous voici arrivés sur le parking à Vintimille, et comme à chaque fois, une file se met rapidement en place, dans le calme, mais on sent l’impatience de la part des migrants qui ont chaud, faim et très soif.
Cette impatience se ressent car les premiers se précipitent sans attendre le repas sur les nectarines fraîches, au détriment d’autres : nous avons été un peu pris de vitesse…
J’étais au stand « vêtements » où ils étaient contents d’y trouver caleçons et chaussettes neuves : un peu de dignité dans leur miséreuse vie d’errance ? Contrairement à d’habitude, peu ont voulu les tee-shirts proposés. Tous étaient pressés de partir (vers où ?), très peu sont restés manger sur place : est-ce la chaleur ou la présence de l’armée et des policiers en civil ?
Le repas froid a été comme toujours très apprécié : (merci à toute l’équipe d’Éric !), ainsi que l’eau distribuée en grande quantité, et la pastèque : à renouveler !
Notre « infirmière » du jour a eu beaucoup à faire : des pieds abîmés, des peaux desséchées, des bobos un peu plus sérieux qui nécessiteraient une vraie prise en charge médicale…
Encore une maraude très bien organisée et qui s’est déroulée dans le calme, grâce à la participation de toute une équipe solidaire et volontaire : bravo à tous !
Une fois tout le matériel rangé, nous regagnons nos maisons fraîches dans des voitures climatisées.
Où vont-ils « dormir », eux, nos « amis » que l’on côtoie pour certains depuis plusieurs mois : dans un abri de fortune, sous une tente bientôt détruite par les représentants de l’Etat, sur un macadam brûlant ?
Echange de regards, par Gérard notre trésorier :
Ses yeux à lui sont baissés, comme souvent ; exprimant une gêne que nous essayons d’écarter par un sourire, un souhait de bon appétit, de bon courage, des encouragements absurdes, c’est juste pour tenter d’échanger un regard.
Ses yeux à lui sont chargés de haine, de colère, c’est déstabilisant, avant de se dire que la colère est derrière, puissante, légitime sans doute.
Ses yeux à elle sont baissés cachés par d’épais sourcils, on devine qu’elle est jeune, on voit qu’elle est jolie, ce qui n’est pas un avantage dans ce non-monde de l’exil ; et puis elle le rejoint, lui on le connaît depuis quelques années ; est-ce un couple, j’en doute ; ou est-ce autre chose qui me fait très peur ; je n’aurai pas de réponse et la question me tourmente ce soir encore.
Leurs yeux à eux deux brillent, un peu trop peut-être mais tant mieux, ils demandent le ballon de basket et improvisent une partie ; ils rient fort le ballon s’échappe, ils le récupèrent : un moment de joie.
Ses yeux à lui sont francs et intenses, il parle et nous remercie avec gravité et une émotion qui nous remuent ; ils disent la volonté et l’espoir. Ils m’accompagnent aussi sur la route du retour.
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La prochaine maraude de Pays de Fayence Solidaire est organisée par Shara, exceptionnellement le samedi 15 août.
Il n’y aura pas de collecte pour cette maraude.
Si vous désirez vous joindre à l’équipe du jour, il reste des places pour la maraude.
Merci de contacter l’adresse mail suivante pour vous inscrire : fr.boogaerts@outlook.fr
Merci à vous et bon été à tous,
L’équipe de Pays de Fayence Solidaire
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